Ludovic Füschtelkeit

Né au siècle dernier, Ludovic Füschtelkeit adopte un ton didactique dès son premier cri. C’est le début d’une carrière de spécialiste. Penseur, réflecteur, partageur de paroles, Ludovic Füschtelkeit théorise même quand il dort, ce qui l’amène à épouser l’aquarelliste sourde Dolorès Briga. Suite à un malentendu sur la langue des signes, il divorce et se consacre à son Œuvre : répondre aux questions qu’on ne lui a pas posées.

Ludovic

Photographie : Simon Bonne

Interview

Entretien accordé à l’Instant, le journal de l’ENSAN (Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Nancy).

Professeur Füschtelkeit , depuis longtemps déjà, vous vous intéressez de près à l’histoire originelle de l’architecture.

-Pensez vous que si les premiers hommes ne s’étaient pas réfugiés dans des grottes, nos villes actuelles auraient un tout autre aspect ?

Les premières grottes ont été construites en bois, dès l’apparition de l’Homme de Néanderthal, vers -248791. Périssables et vulnérables aux termites, elles formaient un habitat précaire et peu sécurisé. L’humanité doit sa première grotte en pierre à Fernand Mougadet, un astucieux chasseur-cueilleur qui voulait un abri solide pour garer son mammouth. Il est l’ancêtre des entrepreneurs en bâtiment, et à l’origine de nos habitats modernes.

-Pouvez vous me dire comment est apparu l’ordre ionique ?

Au VIè siècle avant JC, un quidam aviné percute le temple abandonné de Zygratês, le dieu des Marécages et des Eaux Usées. Etant fait de boue, le monument s’effondre. L’ivrogne le redresse précipitamment mais, incapable de suivre une ligne droite, il invente les volutes sans faire exprès. Malgré l’harmonie de ses formes, la colonne ionique est donc née d’une maladresse. On l’appelle parfois, la tarte Tatin de l’architecture.
-En 1666, un grand incendie se propagea dans les rues de Londres, faisant des dégâts matériels sans précédents, détruisant des milliers de maisons. Comment les Anglais se relevèrent de cette crise ?
C’est de cette terrible catastrophe qu’est née la tradition britannique de la viande trop cuite. Leur digestion étant facilitée, les Londoniens reprennent rapidement des forces, et la capitale est reconstruite avec vigueur, enthousiasme, et des matériaux non inflammables. Pour éviter un nouvel incendie, le roi Charles II investit dans un système d’arrosage permanent de la Grande Bretagne, encore en usage aujourd’hui.

-Pensez vous que l’architecture militaire et navale inspira les grands architectes de nos jours ?

Les premiers rapports entre construction navale et architecture sont attestés dès l’Antiquité égyptienne.
Malgré leur expansion sur l’ensemble de la planète, les premiers hommes se déplacent lourdement sur leurs gros pieds velus. Ils sont la risée de beaucoup d’animaux, notamment des chevaux, prestes, rapides et élégants. Il faut savoir que le hennissement est issu du rire moqueur des facétieux équidés, auparavant muets. Mais bientôt, les chevaux, qui ne pensent qu’à railler les autres espèces, se font dépasser par l’évolution et domestiquer par l’Homme. Ils deviennent alors un moyen de transport prisé, voir indispensable : il est quasiment impossible à l’Homme de Cro-Magnon de trouver un emploi s’il ne sait pas conduire un cheval.
Mais le cheval trouve ses limites lorsque les hommes se lancent dans la navigation maritime. Même équipés de palmes, les chevaux se révèlent inefficaces pour le voyage en mer : ils se noient ou se font manger par des requins.
L’Homme invente alors le bateau et part pour de plaisants voyages sur l’eau, malgré l’aspect rudimentaire des premières embarcations.
La Civilisation Egyptienne voit l’apparition des premiers navires solides. Par soucis de prestige et peur de l’eau, les pharaons exigent des bateaux volumineux et résistants. Vers -1512, l’architecte Thotipschout conçoit une flotte de guerre inspirée des pyramides. L’Histoire n’a jamais pu déterminer si Thotipschout était farceur ou complètement crétin : les bateaux en pierre ont évidemment coulé, bouché le Delta du Nil et provoqué une crue dévastatrice.
Par la suite, les architectes et les constructeurs navals gardent respectueusement leurs distances, jusqu’en 1812, ou le capitaine pirate Jean-Michel Pluck prend sa retraite et s’installe en Suisse. Pensant construire un chalet, il élève un magnifique trois-mâts sur un flanc de montagne, puis il meurt. Mais il inspirera nombre d’architectes contemporains, et aidera à faire oublier ce pauvre type de Thotipschout.

-En Asie de l’Ouest, la population rurale, vit majoritairement dans des maisons sur pilotis. Auriez vous une explication sur cette coutume ?

Dès le néolithique, les populations de l’Asie de l’Ouest se différencient des autres en refusant de semer des céréales, au profit de la culture de sable et de cailloux. Outre les effets catastrophiques sur leur dentition, cette alimentation minérale peu équilibrée modifie le métabolisme de ces peuples : les asiatiques de l’Ouest, comme les Fruzzes, les Kroubaks ou les Azmeks dépassent rarement 80cm et leur puissance musculaire équivaut à celle d’un hamster. Ils sont rapidement dominés par les civilisations alentours, qui les utilisent comme pièces de jeu d’échec, ou ornements de jardin. A l’âge du bronze, les Kroubaks inventent le Zabuz, un dessert traditionnel à base de clous métalliques. Rendus hargneux par le Zabuz, ils se révoltent et élèvent des maisons sur pilotis, du haut desquelles ils jettent des cailloux sur leurs ennemis moqueurs.

-Qu’illustrent selon vous, les maisons en bonbon et pain d’épices que les mères s’appliquent à réaliser pour l’anniversaire de leur progéniture ?

Il s’agit d’une tradition ancienne, qui serait née dans la Chine du XIIème siècle.
Le chevalier Pou-Ki est seulement âgé de 5 ans, lorsqu’il fonde la petite dynastie Fuang. Enfant précoce, Pou-Ki fait l’admiration de sa grand-mère, la protectrice Li-Kou, néanmoins consciente de la fragilité du nouveau royaume, dont la surface atteint à peine 34 mètres carrés. Pou-Ki étant trop petit pour se battre, il décide d’établir son prestige sur l’architecture et commande la construction d’un palais somptueux. Il casse sa tirelire et dépense tout son argent de poche dans l’édification d’une mignonne petite cabane en bambou. Déçu, Pou-Ki se cache dans sa cabane, où il boude pendant trois jours. La brave Li-Kou, qui n’a pas son pareil pour la pâtisserie, confectionne alors des châteaux en pain d’épice, dont elle gave son capricieux petit-fils pour le consoler de ne pas pouvoir se payer un vrai palais. Mais le vaniteux Pou-Ki exige des gâteaux de plus en plus grand. Compensant ses frustrations par une consommation frénétique de pain d’épice, le petit roi devient obèse. Incapable de se déplacer, il prend racine au cœur de son minuscule royaume, pour la plus grande joie de Li-Kou qui garde son cher descendant près d’elle.
La coutume s’est ensuite répandue à travers le monde : rendant les enfants obèses et impotents, les maisons en pain d’épice rencontrent un franc succès chez les mères et grand-mères qui aiment se sentir indispensables.

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-La population mondiale s’accroit dangereusement, dans quelques siècles, nous n’aurons plus de place sur Terre, quelle serait l’architecture de demain ?

Le modèle le plus pertinent me semble être celui de Léon Pouclard, proposé en 1932 : de grands immeubles en matériaux légers (carton, polystyrène, bois de cagette) maintenus dans l’atmosphère par des ballons d’hélium. Les individus souffrant de vertiges auront la possibilité de construire des maisons sous la mer. Ceux qui resteront sur les terres immergées devront se serrer dans de hautes tours étroites, dont l’altitude moyenne oscillera entre 3000 et 9000 mètres. Les ascenseurs seront équipés de restaurants et d’écrans de cinéma, pour compenser les désagréments de leurs longs trajets. Les habitants les plus sportifs pourront emprunter les escaliers, à la condition d’être accompagnés par un guide de haute montagne.
Il faudra s’habituer à occuper le moins de place possible au sol, par exemple en dormant debout, ou en faisant des bonds alternativement. L’on pourra varier sa position en se tenant sur les mains.